métaphysique

      L’Architecte, étymologiquement de αρχι – archi, chef de – et de τεκτων – tekton, charpentier, désignait le chef des Charpentiers, ceci à une époque, le Ve siècle avant notre ère, ou les constructions, notamment les temples, étaient encore principalement réalisés en bois. Aujourd’hui l’architecte désigne le concepteur d’un bâtiment. Il traduit en plans une réflexion sur l’espace, la lumière, les volumes et les matériaux, puis conduit le chantier.

      Je le définissais, il y a quelques années lors d’un exposé public, comme un généraliste coordonnant des spécialistes : ingénieurs, techniciens, artisans, etc., et m’étais plu à décrire les échanges multiples des nombreux intervenants qui contribuent à la réalisation d’un projet de construction.

      L’architecte doit maîtriser le but à atteindre, préparer l’intention créatrice, ordonner, coordonner…

      Sa capacité est multipliée par les savoirs spécifiques de chacun. Il n’est rien tout seul, ce qui doit le rendre modeste, par contre l’œuvre est faible sans lui car il manquera vraisemblablement le tout qui uni les parties.

      Je me souviens de cet éveille de la conscience qui me conduisait, alors que je n’avais pas plus d’une douzaine d’années, à m’interroger sur les limites de l’univers, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, de l’avant et de l’après toute fin connue. Nul concept mathématique, nul Genèse ou Big-bang ne seraient réellement répondre à ces questions. Nous touchons là, à mon sens, aux limites de l’entendement humain.

      L’infini n’est pas concret, il nous échappe et crée un manque. Se construisent alors les édifices métaphysiques.

      Sachant que les questions fondamentales resteront ouvertes à jamais, s’offre alors à nous un champ infini d’élaborations intellectuelles et artistiques. L’intérêt est dans le questionnement et non dans les réponses.

      Gauguin l’illustra merveilleusement dans son œuvre : « D’où venons-nous ? que sommes-nous ? Où allons-nous ? « . Il ne nous demande pas une réponse. Il pose juste le questionnement comme valeur central et métaphysique de l’exercice intellectuel et artistique.

Paul Gauguin, « D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? » 1898, Boston Museum of Fine Arts, USA

      La grandeur de l’homme est dans ce qu’il ne sait pas et ne saura jamais, tel est le paradoxe fondamental qui nous rend à la fois humble et orgueilleux.

      Alors, inlassablement, il nous faut revenir à la tâche, réinventer, construire…

      Pierre brut que nous allons apprendre à tailler

       Concrètement, il y a une trentaine d’années, dans la cour du palais des Papes en Avignon, nous étions une petite équipe d’apprentis néophyte dirigé par un compagnon ; par deux nous avons taillé les voussoirs d’une arche du cloître. Grain d’orge, ciseau, maillet et têtu suivirent le tracé posé sur la pierre. Le travail fut fait dans la bonne humeur et de belle manière.

     Pierres taillées, ici sept fois identiques, alignées dans la cour du palais.

     Pierres renommées claveaux ou voussoirs, finement striées par l’outil mainte fois frappé sur la surface dure.

      Oui le travail fut fait et bien fait, mais ce qui plus tard m’apparut comme la plus grande des satisfactions, fut le jour où je vis la voute montée, assemblage savant des pierres banales que nous avions taillées, contribution à la préservation de ce magnifique et colossal monument construit huit siècles plus tôt ; où, comme moi et mes compagnons, modestement, des milliers d’hommes apportèrent leurs pierres à l’édifice. Assemblage méticuleux et précis, empirique et parfois incertain – car il est arrivé que des voutes s’écroulent – de blocs issus de carrières plus ou moins lointaines.

     Le palais médiéval n’est pas la projection individuelle de quelques esprits savants ou puissants ; il est l’œuvre d’hommes et de femmes anonymes qui ne virent pas toujours ni le début, ni la fin des travaux. Le palais ne se réduit pas non plus au seul temps de sa première édification car de nombreuses phases d’interventions ont jalonnées sa genèse.

      Œuvre vivante, d’où vient-elle ? qui est-elle ? où vat elle ?

      Marc DUBOUILH